Août 2007/3

N°203 - Unir les hommes

Mis à jour le lundi 11 avril 2011.

Unir les hommes

Auteur : Jean Tonglet

Ce 17 octobre, à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale du refus de la misère, vingt ans après l’inauguration, le 17 octobre 1987, de la dalle en l’honneur des victimes de la misère scellée sur le Parvis des Libertés et des Droits de l’Homme au Trocadéro à Paris, plusieurs nouvelles répliques de cette dalle seront inaugurées. Dans leur diversité, ces répliques nous délivrent un message commun : chacune d’elles, comme celle de Paris, invite les hommes et les femmes à s’unir pour faire respecter les droits des plus pauvres, à se rassembler autour d’eux.

À Kielce, au centre de la Pologne, la réplique de la dalle ouvrira l’avenue qui, de la gare de Kielce, conduit vers un très beau centre culturel qui est la fierté de la ville. Le maire voit dans cette localisation un symbole : le lieu choisi est à la frontière de mondes bien différents, notamment sur le plan économique. La gare, d’où part cette avenue et à proximité de laquelle se trouvera la réplique de la dalle, a été et demeure un refuge pour les plus pauvres de la ville. C’est un lieu où ils ont vécu, où ils ont souffert, où ils ont lutté aussi. Un lieu où ils ont commencé à se réunir, dans le cadre du Mouvement ATD Quart Monde, pour affirmer leur dignité, leur volonté de faire partie d’un seul et même monde, un monde où chacun aurait sa place. Un lieu où ils ont voulu honorer par la pose d’une croix la mémoire et les noms de toutes celles et ceux qui sont morts à la rue.

À Reims, au cœur de la Champagne, c’est le Parvis de la Cathédrale de Reims, qui accueillera une réplique de la dalle du Trocadéro. Sur ce site chargé de toute une part de l’histoire de France, elle sera proche d’une autre dalle : celle commémorant la première rencontre, après la Seconde Guerre Mondiale, entre le Général de Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer. « Plus jamais la guerre », affirmaient ces deux bâtisseurs de la réconciliation franco-allemande. « Plus jamais la misère », affirmeront les défenseurs des droits de l’homme qui se rassembleront à Reims.

À Dublin, capitale de la République d’Irlande, c’est aux pieds du Mémorial de la grande famine, que le message du père Joseph Wresinski, hommage rendu « aux victimes de la violence, de la faim et de l’ignorance », sera gravé, reliant à jamais le souvenir des innombrables victimes de la famine qui ravagea l’Irlande au siècle dernier, à la mémoire de celles et ceux qui aujourd’hui encore, en Irlande et ailleurs, luttent pour pouvoir vivre dans la dignité.

À Coroico, en Bolivie, la réplique de la dalle prendra place en un lieu symbolique lui aussi : c’est là en effet qu’avant la « conquista », la colonisation espagnole, se tissaient les liens vitaux qui unissaient la population des forêts tropicales à celle des montagnes andines. Leurs relations d’échanges économiques et culturels assuraient la circulation des biens et des productions. L’interruption de ces échanges, du fait de la colonisation, a provoqué là aussi une terrible famine. Sceller une dalle en ce lieu, c’est, symbolique-ment, affirmer notre volonté de rétablir l’échange entre tous les hommes, de ne laisser personne en dehors des circuits de tous.

À Kielce, à Reims, à Dublin, à Coroico, et partout dans le monde ce 17 octobre, nous réaffirmerons que, comme le proclame le texte de la dalle du Trocadéro, « s’unir pour faire respecter les droits de l’homme est un devoir sacré ».

Ces lieux, comme les autres répliques inaugurées dans le passé et celles qui le seront demain, seront pour nous des aiguillons. Ils nous rappelleront, jour après jour, année après année, les efforts qu’il nous faut accomplir pour bâtir l’unité de l’humanité, pour sceller la réconciliation, pour préserver la mémoire des luttes du passé, pour rétablir l’échange brisé entre les hommes.

(Revue Quart Monde n°203, 2007/3)