Novembre 2009/4

N°212 - Prix Nobel de la Paix pour Obama

Mis à jour le lundi 11 avril 2011.

Prix Nobel de la Paix pour Obama

Auteur : Eugen Brand

Certains se demandent si ce n’est pas trop tôt de donner le prix Nobel de la Paix au Président Obama. Bien que son action dans la diplomatie internationale soit en effet récente, ce prix peut être accueilli comme une reconnaissance de ses premières actions et intentions. C’est aussi l’expression publique d’un espoir, que le chemin de la paix reste tissé avec celui d’un engagement quotidien au service de sa communauté tel qu’il l’a manifesté par le passé dans sa lutte contre l’extrême pauvreté. Les années durant lesquelles Obama a été un agent de développement communautaire ont forgé sa vision que « les gens ne sont pas des problèmes, ce sont des solutions ». Son invitation à servir souligne la contribution que tous doivent apporter, en même temps qu’il construit des nouvelles chances pour des jeunes exclus de l’école et du travail. Dans sa vision ambitieuse pour éradiquer la misère, Obama a promis de « travailler avec les gens pour que leur fermes produisent et laissent l’eau pure couler, pour alimenter les corps affamés et nourrir les esprits assoiffés »

Nous-mêmes, sur ce chemin de la paix, nous avons appris que ceux qui ont au cœur la révolte n’en seront pas libérés sans que d’autres soient libérés de leur aveuglement. Dans tous les pays, des personnes, des familles, des communautés entières et des populations sont déplacées, forcées à l’exil, chassées ou dépouillées de tout. Ceux qui ont le pouvoir continuent de décider pour le faible, sous prétexte de le protéger. Certains vivent avec de plus en plus de sécurités au prix d’une complète insécurité pour d’autres. Affrontées au dédain, des personnes sont dans la misère que la société reproduit de génération en génération ; des hommes, des femmes, des enfants et des jeunes n’en peuvent plus de cette honte, de ces regards qui passent à travers eux comme s’ils n’étaient pas là.

Aller au-delà de la peur, regarder l’autre les yeux dans les yeux, unir nos voix, s’asseoir à la même table pour comprendre nos histoires personnelles et collectives : alors une nouvelle intelligence peut surgir, la paix devient possible. La dignité de chaque personne remplace l’humiliation, la connaissance apprise de l’autre se substitue à l’ignorance, et l’engagement personnel apporte l’espoir là où était le désespoir. Tout être humain est porteur de graines de paix, de graines de reconnaissance de la dignité des uns et des autres, de graines de fraternité, qui peuvent libérer les enfants et leurs familles de l’enlisement dans la honte et de l’échec, en restaurant la fierté de leur propre histoire.

Au moment de féliciter Obama, puissions-nous tous, jeunes et vieux, être des acteurs engagés contre l’extrême pauvreté afin de forger ensemble un héritage de dignité et de paix pour les générations à venir.

(Revue Quart Monde n°212, 2009/4)