Février 2011/1

N°217 - L’insoumis

Mis à jour le lundi 11 avril 2011.

L’insoumis

Auteur : Eugen Brand

Le 30 novembre dernier, à l’issue d’une journée d’études clôturant, à Paris, l’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, la première projection du film Joseph l’insoumis, de Caroline Glorion, a eu lieu à la Cinémathèque de France. Cette projection est en soi une formidable et courageuse interpellation à tous les gouvernements, à toutes les organisations et à tous les citoyens que nous sommes, à nous mobiliser ensemble pour bâtir une Europe partenaire des personnes et des familles en situations extrêmes de non droit, de discrimination et d’exclusion, une Europe enfin partenaire de leur demande première, celle de créer les conditions qui permettent de penser et d’agir ensemble pour un avenir commun.

Avec ce film, produit par les Films de la Croisade et France Télévisions, et qui sera projeté au printemps, en début de soirée, sur France 3 , Caroline Glorion nous plonge au cœur-même de l’histoire européenne. Alors qu’en 1957 se posent, avec le traité créant la communauté du charbon et de l’acier, les bases de la future Union européenne, Joseph Wresinski crée cette même année, dans la boue d’une ancienne décharge, aux portes de Paris, une alliance entre les très pauvres et les autres citoyens, au nom de leur égale dignité. Il était convaincu que, face au mépris qu’une société peut reproduire d’une génération à l’autre, cette alliance au nom de leur humanité commune s’imposait.

Ce film nous donne rendez-vous au cœur d’une actualité européenne et planétaire brûlante.

Là où les droits de l’homme sont violés tous les jours. Là où des personnes, des familles, des communautés entières sont déplacées, forcées à l’exil, chassées et privées de tout. Là où certains s’emmurent dans des mesures de sécurité, au prix d’une totale insécurité pour d’autres. Là où les uns continuent à réfléchir et décider à la place des autres, sous prétexte de les protéger.

Dans la création-même de ce film, des acteurs professionnels comme Jacques Weber, Anouk Grinberg, et d’autres, dont le métier n’est pas d’être acteurs, qui, jour après jour, se battent contre l’injustice de la misère et qui se trouvaient pour la première fois devant une caméra, ont accepté les incertitudes d’une aventure, qui mène inévitablement à la transformation de tous. Les uns et les autres ont décidé de s’associer dans une création artistique extraordinairement exigeante, au terme de laquelle, grâce à une grande force de vérité, de sincérité et d’intimité, il n’y a plus deux mondes - un monde de fiction pour les uns, un monde de réalité pour les autres - mais un monde commun.

De son vivant, le père Joseph Wresinski, « Joseph l’insoumis », a exprimé son rêve qu’un jour l’humanité n’ait plus qu’une histoire à raconter à ses enfants. Celle où l’égale dignité l’emporte sur l’humiliation et l’assistance. Depuis 1957, cette histoire n’est pas un rêve, une utopie, mais notre bien commun !

Elle nous confère une responsabilité commune : nous associer à la lutte de tous ceux et celles qui actuellement se trouvent sous la menace d’un bulldozer, sans aucune contrepartie d’engagement de la part des autorités, pour innover avec eux des politiques ancrées dans l’indivisibilité des droits de l’homme.

Ce film, pour la réalisation duquel nous exprimons notre profonde reconnaissance à France Télévisions, aux Films de la Croisade, à Caroline Glorion, à Jacques Weber et Anouk Grinberg et à tous les autres artistes, est attendu à Port-au-Prince, à Manille, à Ouagadougou. Il est attendu dans les grandes métropoles, comme dans les villages les plus oubliés. Il est attendu par tous ceux qui s’engagent dans le monde de l’art, dans les sphères politiques, économiques ou dans le champ de la spiritualité. Ce film est attendu par ceux et celles qui au plus profond de leur être portent le projet de l’égale dignité de tous les êtres humains.

(Revue Quart Monde n°217, 2011/1)