N°148 - Quand la voix des faibles conduit le monde...

Mis à jour le lundi 11 avril 2011.

Quand la voix des faibles conduit le monde...

Auteure : Alwine Antoinette de Vos van Steenwijk, présidente du mouvement international ATD Quart Monde

Selon la résolution du 22 décembre 1992 de l’Assemblée Générale de l’ONU, le 17 octobre sera désormais célébré dans le monde entier comme Journée du refus de la misère.

Ce jour, nous le savons, fut inauguré, en 1987, par un homme venu lui-même de cet au-delà de la pauvreté où les privations infligées deviennent proprement inhumaines. On dit du père Joseph Wresinski qu’il fut l’homme qui a su rendre audible la voix et convaincante l’expérience des plus faibles, en notre temps. Par le 17 octobre, il rendit manifeste leur aspiration essentielle, jamais encore exprimée sur la place publique. L’aspiration, justement, que l’expérience de la plus grande vulnérabilité conduise les projets de l’humanité.

La voix, l’expérience des faibles, ne sont pas mises en balance « contre » celle des forts, mais rappellent ce qu’espèrent « aussi » les forts, pour peu qu’ils osent faire taire la peur qui les fait rechercher le pouvoir. Car quel être humain ne veut pas, d’une manière ou d’une autre, la paix, l’unité entre les hommes ? Ce que nous avons du mal à apprendre, n’est-ce pas que celles-ci ne seront pas fiables, tant qu’elles reposeront sur de fragiles, méfiants et peureux équilibres « des forces » ?

Les plus pauvres et leurs amis, depuis 1987, dans le sillage du père Joseph, continuent de développer de mille manières la célébration du 17 octobre. Depuis six ans, leurs manifestations à travers le monde nous disent que l’unité peut être expérimentée d’une autre façon. A partir de cette confiance que le faible - celui qui est désarmé et celui qui désarme également - est obligé de placer dans l’autre et qui appelle la fiabilité en retour.

Audace insensée que cette confiance des plus faibles ? Un homme de notre temps a démontré qu’elle pouvait avoir un fruit que nous n’espérions peut-être plus : celui du rassemblement, « la main dans la main », des puissants et des sans-pouvoir autour d’une Dalle.

Un jour de l’année seulement, quelle valeur cela peut-il avoir ? Question de riche, les plus pauvres ne la posent pas. Eux sont là, en grand nombre et d’année en année. Parce que ce jour, cette Dalle, représente une victoire, et que de ne pas la célébrer, c’est s’interdire les victoires suivantes.

Heureusement pour nous, les raisonnements des faibles ne sont pas ceux des forts. Ils sont dépourvus de cynisme et rendent toute la fraîcheur aux idéaux qui, malgré nos défaites, continuent de nous habiter.

(Revue Quart Monde n°148, 1993/3)