Juin 1999/2

N°170 - Un thème d’échanges entre universités

Mis à jour le lundi 11 avril 2011.

Un thème d’échanges entre universités

Auteure : Alwine Antoinette de Vos van Steenwijk, présidente du mouvement international ATD Quart Monde

Il y a longtemps que nous rencontrons en Amérique latine des universitaires qui partagent avec les universitaires belges et français ayant participé au programme Quart Monde-Université un point commun : le souci d’apprendre des plus pauvres. Si cette volonté d’apprendre et de partager le savoir est la même, les moyens d’accéder à la pensée des plus pauvres sont propres à chaque région du monde et cette diversité même peut être objet d’échanges et de réflexion entre les universités.

Ainsi, à Cuzco, il y a des années déjà qu’un professeur d’anthropologie de l’université d’Etat San Antonio d’Abad avait coutume de conduire ses étudiants dans les villages quechua alentour. Pour rencontrer la réalité des hommes et leur apporter leur soutien dans leur recherche d’une vie meilleure, d’un vrai développement. A la suite de leur professeur, Marco Aurelio Ugarte, bien des étudiants s’engagèrent avec la population de ces villages.

Dans cette même université, un professeur d’archéologie est aussi chargé de la protection du patrimoine culturel andin de la région. Il travaille tout simplement avec les habitants des villages très pauvres où se situent les vestiges archéologiques. Pour lui, c’est évident, les hommes, leurs manières de vivre, leurs espoirs forment une part essentielle du patrimoine culturel : il est devenu leur ami, attentif à leur pensée, partageant leur savoir et leur espérance. Il entraîne ses étudiants avec lui afin qu’ils collaborent à leurs projets de vie.

Un soir, au cours d’une cérémonie universitaire, nous fûmes surpris de la qualité de l’orchestre qui nous introduisait à la musique andine. Elle ne devait pas nous étonner : les musiciens étaient des boursiers de ces villages où jamais peut-être un jeune n’aurait eu la chance de faire des études sans cette université si proche du peuple et si sensible au savoir des pauvres. Manquant elle-même de moyens, elle donne pourtant des bourses pour respecter le droit de tout homme à la culture.

Ainsi va-t-elle jusqu’au bout de sa vocation. Et si les boursiers s’y sentent chez eux, c’est sans doute que le recteur comme les professeurs ont choisi de demeurer proches d’eux et travaillent dans des conditions assez semblables à celle du peuple.

Nous pourrions encore citer l’exemple de l’université d’Etat de la Paz… Du fait de l’histoire, de la culture, de la vie de leur pays, ces universitaires sont allés tout simplement dans les zones de misère – ces zones où, disait le père Joseph, « des hommes et des femmes vous attendent, dont le savoir vous manque ». En Amérique latine, le chemin n’est pas perdu. A l’ouest de l’Europe, il fallait créer ce chemin… C’est fait.

(Revue Quart Monde n°170, 1999/2)