Juin 2000/2

N°174 - Apprendre pour être respecté, être respecté pour pouvoir apprendre

Mis à jour le lundi 11 avril 2011.

Apprendre pour être respecté, être respecté pour pouvoir apprendre

Auteure : Alwine Antoinette de Vos van Steenwijk, présidente du mouvement international ATD Quart Monde

« Nous pensons que tous les enfants devraient pouvoir aller à l’école gratuitement et apprendre. Le fait de savoir lire et écrire peut leur donner l’envie d’apprendre un métier qui leur permettrait de sortir leur famille de la misère. Mais pour que chaque enfant apprenne, il faut qu’il soit respecté, qu’on ne se moque pas de lui, ni de sa famille. Les adultes doivent permettre aux enfants de se respecter et de s’entendre. Il faut que le monde s’y mette, les enfants ont besoin que les adultes leur apprennent cela pour la vie ».

En s’exprimant ainsi, lors du Forum international des enfants « Tapori : l’amitié contre la misère », les enfants qui y étaient rassemblés pour célébrer avec Mary Robinson, haut-commissaire aux droits de l’homme, le dixième anniversaire de la Convention des droits de l’enfant, ont dit l’essentiel : tout enfant doit pouvoir apprendre, tout enfant doit être respecté.

C’est ce même défi que les représentants de la communauté internationale s’étaient proposé de relever il y a dix ans lors de la conférence mondiale sur l’Education pour tous, tenue à Jomtien, en Thaïlande. S’adressant ce 26 avril 2000 aux participants au Forum mondial sur l’Education réuni à Dakar, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, déclarait : “ Il y a dix ans, nous nous sommes fixé comme objectif d’assurer une éducation de base pour tous. Or, aujourd’hui, nous sommes encore loin du but ”. A l’issue de ses travaux, le Forum de Dakar a assigné un nouvel objectif à la communauté des nations : l’éducation pour tous à l’horizon 2015. Quinze ans !

Quinze ans, c’est une génération, celle d’Augustine et Ricardo, de Ruben et Maureen, d’Angelica et Matutes qui aujourd’hui, ne vont pas à l’école ou y vont irrégulièrement. Qui travaillent souvent avant et après l’école. Qui y vont remplis d’inquiétude pour leurs parents, leurs frères et sœurs, leur milieu. Qui parfois n’y vont plus du tout parce qu’ils croient que « l’école, c’est pas pour nous ; c’est pour les savants ».

Si des enfants de milieu très défavorisé n’apprennent rien à l’école, c’est bien souvent parce que l’école n’apprend rien d’eux. Par son attitude, l’élève dit toujours à l’enseignant : j’accepte de recevoir de toi, si tu acceptes de m’écouter, de me valoriser dans ce que je suis et dans ce que je sais déjà.

Sans cette relation réciproque d’écoute et de partage des savoirs, sur laquelle se crée la confiance, le monde de l’école reste étranger et même hostile au monde vécu de l’enfant et de ses parents. L’école est alors vécue, non pas comme un lieu où on se libère de l’ignorance, mais comme un lieu de domination, d’humiliation, dont nécessairement les plus faibles se méfient et se protègent. Ce constat se vérifie dans les pays riches comme dans les pays en vole de développement. Un évêque africain du Burkina Faso nous confiait en 1997 : « Nous continuons à former nos enfants comme le colonialisme nous le demandait. C’est dramatique. Il faut parvenir à réconcilier l’école et la terre. » Réconcilier l’école et la terre, c’est croiser les savoirs, c’est introduire dans les savoirs fondamentaux dispensés par l’école - lire, écrire, compter, etc.- la culture dont les communautés villageoises sont porteuses. Dans la création de ce nouveau savoir, plus humain et plus efficace dans la lutte contre la misère, enfants, parents et professeurs sont tour à tour enseignants et enseignés : tous sont partenaires. Pour que tous apprennent, il ne suffit donc pas de mieux distribuer les savoirs, il faut aussi les produire autrement.

Apprendre est la clé de l’avenir des enfants. Apprendre, comme le dit le Cadre d’action adopté à Dakar, « à connaître, à faire, à vivre ensemble et à être ( ... ) afin de mener une vie meilleure et de transformer la société dans laquelle ils vivent ». Il nous appartient de relever ce défi. Le respect de l’égale dignité de chaque être humain, fondement des droits de l’homme, l’exige. « En effet », comme l’écrivait le père Joseph Wresinski, « un illettré, un adulte au chômage chronique, les foyers totalement dépendants des aides publiques sont des désarmés politiques même si la liberté politique leur est en théorie reconnue ».

Apprendre est pourtant la clé de l’avenir des enfants. Apprendre, comme le dit le Cadre d’action adopté à Dakar, « à connaître, à faire, à vivre ensemble et à être (…) afin de mener une vie meilleure et de transformer la société dans laquelle ils vivent ». Il nous appartient de relever ce défi. Le respect de l’égale dignité de chaque être humain, fondement des droits de l’homme, l’exige. « En effet », comme l’écrivait le père Joseph Wresinski, « un illettré, un adulte au chômage chronique, les foyers totalement dépendants des aides publiques sont des désarmés politiques (…), même si la liberté politique leur est en théorie reconnue ».

(Revue Quart Monde n°174, 2000/2)