Revue Quart Monde n°155, 1995/3

Rentrée scolaire « Demain, que seront ces enfants pour nos enfants ? »

Mis à jour le mercredi 21 septembre 2011.

Auteure : Jacqueline Chabaud

En voyant des enfants américains manipuler familièrement des ordinateurs, Jean Diene, membre de la délégation sénégalaise au Congrès des familles du Quart Monde (New York, octobre 1994) interrogea : « Demain, que seront ces enfants pour nos enfants ?" Ce disant, il embrassait bien sûr la terre entière, celle de tous les enfants. Question fondamentale, puisque les réponses engagent l’avenir de l’humanité. Celles-ci dépendent évidemment des politiques éducatives et économiques, internationales et nationales. Nulle politique ne suffit pourtant aux hommes pour apprendre à vivre en semblables, en amis, en frères. Or, comment entendre la question de Jean Diene sans entendre cet appel à apprendre à vivre ensemble dès l’école ?

Certains perdent espoir en voyant, tout près d’eux, la violence à l’école. Mais cette violence dont on parle tant, et qui fait peur, serait-elle seulement physique ?

Ne fait-on pas violence à l’enfant qu’on pousse à être sans cesse premier, parfois au détriment de sa santé et de sa joie de vivre, toujours au détriment de sa valeur humaine ? Limité à lui-même, recroquevillé avec quelques-autres dont on lui souffle qu’ils sont ses seuls semblables, parce qu’aussi forts et doués que lui, aveuglé par la réussite, le voilà violé dans son humanité : conscient de sa différence, inconscient de sa ressemblance.

Quant à l’enfant pauvre, ne lui fait-on pas exactement la même violence ? Souvent poussé à être, et à rester, le dernier, sa santé, sa joie de vivre et sa valeur humaine ne peuvent s’épanouir. Le voilà également limité à lui-même, recroquevillé avec aussi faibles que lui, aveuglé par l’échec, son humanité pareillement violée : sachant sa différence, ignorant sa ressemblance.

De par le monde, des milliers de parents, d’enseignants, d’éducateurs apprennent aux enfants à vivre en frères. Par leur être et leur propre vie. Par exemple aussi, en animant des groupes Tapori, un espace où les enfants du Quart Monde et ceux de tous les milieux de vie peuvent se reconnaître amis et bâtir un courant mondial d’amitié. Ou encore, en faisant découvrir la misère, à travers les cours d’histoire, de géographie, d’éducation civique. Ou en invitant les enfants à participer au 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère. Petites gouttes d’eau ? Non pas. Sans elles, l’avenir de l’humanité serait condamné à un désert de sécheresse.

(Article paru dans la Revue Quart Monde n°155, 1995/3)