Mai 2012/2

N°222 - Un prix Nobel mérité

Mis à jour le mardi 12 juin 2012.

Auteur : Eugen Brand

Après plusieurs années de travail préparatoire, le colloque qui s’est tenu à la fin du mois de janvier 2012 et qui s’est conclu le 26 janvier par une journée publique au siège de l’Unesco à Paris, a permis de mettre en évidence à quel point, partout dans le monde, la misère est une violence insupportable faite aux hommes, aux femmes, aux jeunes et aux enfants qui la subissent. Ce colloque a aussi permis de rompre le silence sur cette réalité. Il a été enfin l’occasion de montrer à quel point celles et ceux qui subissent cette violence sont les premiers à chercher à construire, jour après jour, au prix d’efforts héroïques, une paix durable fondée sur la justice et le respect des droits de tous.

Cette recherche menée pendant trois ans et dans vingt-cinq pays, nous a permis de mieux comprendre ensemble la gravité des violences faites aux plus pauvres dans la course aux sécurités économiques, sociales et environnementales qui se conçoivent pour les uns au détriment des autres. Cette recherche a mis en lumière combien ceux qui cumulent toutes les insécurités résistent face à ces violences et recherchent la paix. Mais aussi, et plus encore peut-être, comment cette expérience n’est ni connue, ni reconnue.

Faire reconnaître les plus pauvres comme bâtisseurs de la paix, faire reconnaître leurs efforts quotidiens pour bâtir la paix et la fraternité, pour refuser la spirale de la violence, est un enjeu fondamental. Le moment est venu d’honorer le courage anonyme des femmes et des hommes qui, partout dans le monde, refusent la violence de la misère et s’efforcent de vivre une culture de la paix et de l’unité. En raison du prix qu’il octroie chaque année, le Comité Nobel ne doit-il pas être interrogé sur la manière dont il pourrait reconnaître publiquement et officiellement, en l’honorant, la résistance à la violence et la volonté de bâtir la paix dont sont porteuses les populations les plus pauvres ?

N’est-il pas temps aussi, d’introduire dans les Constitutions de nos pays et dans les traités internationaux les deux affirmations gravées, à l’initiative du père Joseph Wresinski, sur la dalle du Parvis des libertés et des droits de l’homme à Paris : la misère est une violation des droits de l’homme, et pour y mettre fin, pour que les droits de l’homme soient enfin respectés et deviennent effectifs, il faut, immanquablement, s’unir, s’engager à créer l’harmonie et le rassemblement autour de celles et de ceux dont les droits sont niés. « S’unir est un devoir sacré ». En allant dans ce sens, nous ne ferions pas autre chose, finalement, que de revenir aux fondements mêmes de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui, dans son préambule, affirmait sa volonté d’œuvrer à l’avènement d’ « un monde libéré de la terreur et de la misère ».

Enfin, et alors que ce colloque intervient peu après la conclusion de la Décennie internationale de promotion d’une culture de la non-violence et de la paix, au profit des enfants du monde, ne conviendrait-il pas d’en tirer les conclusions pour tenter de définir plus précisément la culture de la paix qui serait utile aux plus pauvres et qui permettrait de lutter contre l’exclusion et la misère ? En nous appuyant sur l’expertise irremplaçable de celles et ceux qui subissent la violence de la misère, nous pourrions dégager les principes de base d’une culture de la paix qui soit vraiment un rempart contre l’exclusion. Paraphrasant l’Acte constitutif de l’Unesco, ne pouvons-nous pas en effet affirmer que « l’exclusion prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix » ?