Courrier des lecteurs
Sur les n°192 et 193

Mis à jour le vendredi 27 mai 2005.

Rubrique : COURRIER DES LECTEURS

N°194 Parcours d’engagements (2005/2)

Les militants de l’ombre

C’est avec un vif et grand intérêt que je viens de prendre connaissance du dernier numéro (193) de votre excellente revue dont le thème principal est consacré à la prison et aux dégâts collatéraux d’une incarcération. L’ex-détenu que je suis y a retrouvé avec émotion bien des réalités vécues par moi-même mais aussi par mes entourages familial, amical et professionnel. Effectivement le détenu n’est pas le seul à être puni . La famille et les proches le sont. Elles sont malheureusement victimes du regard des autres, parfois de rumeurs. En ce qui me concerne, issu du milieu rural, j’ai apprécié la solidarité de proximité que furent les gestes d’amitié adressés par des voisins, des habitants de mon village dont j’étais loin d’ignorer les attitudes, à mon entourage et à moi-même. Certes, j’ai eu quelques désagréables surprises, quelques-uns que j’estimais m’ont tourné le dos. Ces situations, bien des détenus les connaissent. Mais effectivement l’immense majorité des détenus sont issus des quartiers dits défavorisés, qui sont déjà au ban de nos villes. Le travailleur social et le citoyen profondément engagé puisent dans votre revue des outils de réflexion et d’approfondissement de leur démarche à l’égard de l’autre, des autres. Je ne puis que la recommander très vivement à toutes celles et ceux engagés dans une démarche à l’égard des plus démunis, à ces militants de l’ombre qui visitent, accompagnent, apportent un soutien aux détenus. De surcroît aux côtés des articles hexagonaux, d’autres articles permettent d’élargir l’information et la réflexion sur des situations vécues ailleurs dans le monde. Continuez et persévérez. Bien à vous. Cordialement. Daniel D. (France)

N°192 Reconsidérer la pauvreté ? (2004/4)

« Cette revue m’est essentielle »

Je reçois aujourd’hui le dernier numéro de la Revue Quart Monde : « Reconsidérer la pauvreté ? » Il le faut. Et, comme il est écrit dans l’introduction : « non pas qu’il y ait une réponse, ce serait trop facile. Mais il y a une quête, un chemin, un débat à ouvrir » ou à réouvrir, avec les plus pauvres. Je vois aussi avec humour, - la conversation avec Majid Rahnema - que saint Thomas d’Aquin peut encore nous apporter une manière salutaire de voir et de penser, si nous savons juste le laisser parler sans vouloir lui faire dire ceci ou cela ! Chaque fois que me vient un numéro de la Revue Quart Monde depuis ces dernières années, j’ai le même sentiment que cette revue m’est essentielle et essentielle au monde d’aujourd’hui, autant dans ce qui est présenté à connaître et à réfléchir que dans sa manière de rassembler savants et gens du quotidien, tout à fait respectueuse des cheminements et des cultures des uns et des autres. J’aimerais qu’elle soit mieux connue et lue, dans tous les milieux, en particulier les milieux qui conseillent la politique et qui s’interrogent sur les modèles de société. Je pense par exemple au centre de recherche sur les politiques du gouvernement canadien (http://recherchepolitique.gc.ca). Dans ce genre de milieu, que j’ai connu assez bien du temps que j’étais au gouvernement, dans le domaine de la politique internationale, on juge trop que par ce qui est reconnu. On ne sort pas du cercle des initiés, ce qui fait que dans ce cercle on finit à mon avis par tourner en rond, si innovateur peut-on être par ailleurs. Pas étonnant que les politiques sociales soient tellement déconnectées de certaines réalités. Mais quels sont les buts poursuivis, en réalité, et les critères de performance ? La consultation intégrée des « voix et des voies de celles et ceux qui viennent des pays pauvres ou qui vivent dans la grande pauvreté dans les pays riches » n’y est jamais (ou rarement) considérée pertinente. Je ne peux pas dire qu’il y ait mauvaise volonté, mais je suis forcé de constater qu’il y a un mur et que ce mur est solide. À chaque fois que je reçois la Revue, je me demande donc aussi ce qui pourrait être fait pour élargir sa lecture, porter les questions soulevées au centre du débat. Faudrait-il, comme le Monde diplomatique le fait peut-être encore, imaginer un cercle de conférences liées à la Revue Quart Monde ? Pour avoir pris part un temps aux cercles de pensée Joseph Wresinski, je me demande s’il n’y aurait pas ici autour de la Revue un renouveau utile et convaincant pour la rencontre des voies de l’action et de la pensée. Il n’est pas dit que les hauts fonctionnaires trouveraient à justifier leur présence à titre professionnel à de telles rencontres, mais tout de même. Enfin c’est un rêve. Et, anticipant les objections qui pourraient venir de ceux et celles qui me diraient que les tâches des équipes d’ATD Quart Monde sont déjà assez surchargées pour leur en ajouter encore, je me porte à poursuivre de rêver. Guy (Montréal)