N°242 - Jours de fête

Mis à jour le lundi 12 juin 2017.

Elle n’aurait manqué sous aucun prétexte une Université populaire Quart Monde, celle que nous appelions avec respect et amitié Mamie Bella. Déjà âgée, elle arrivait de sa démarche claudicante, laissant derrière elle une cité de logements délabrés, et suivait les débats en hochant la tête, parlant peu, n’ayant jamais fréquenté l’école. Un jour que nous parlions en plus petit comité de ce qui nous gardait debout malgré les épreuves, elle nous confia : « Tous les matins, j’ouvre mes volets, je laisse entrer le soleil, et je dis : ‘merci que je suis toujours en vie’… »

Ces paroles de Mamie Bella disent-elles autre chose que les bases de sagesse développées dans ce dossier par Alexandre Jollien1 ? Célébrer la vie dans son for intérieur, mais également célébrer ensemble, malgré - et peut-être d’ailleurs en raison - des difficultés de la vie, est d’une urgence vitale.

Quand les enfants ont été retirés à la famille, disent des participants à l’UPQM de Caen2, on n’a pas envie de se distraire, de voir des gens. Pourtant si d’autres nous entraînent à un match de foot ou à la fête des Voisins, on réussit à oublier nos soucis pour un moment. Ces jours de fête volés à la survie quotidienne ne sont en rien des « cache-misère ». Ils permettent de se reconnecter en profondeur au terreau d’humanité présent en chaque être, fût-il le plus abîmé, et de se sentir membre à part entière de la communauté humaine. Une communauté humaine « hors frontières » puisque la même joie s’exprime sur tous les continents. Chez ceux qui habitent sous les ponts, dans les cimetières en Asie, et qui découvrent la mer, les jeux de plage, ou un Musée accueillant tous les enfants sans distinction. Chez les enfants migrants vivant à l’hôtel ou dans la rue, qui chantent ensemble chaque semaine à Nancy. Parmi les familles exclues en Suisse, en France, se retrouvant pour un temps convivial et d’expression créative. Ou dans un quartier « mal-né » et mal développé à Naples, quand les courées sont envahies pour une fois, non par la violence, mais par la musique et les flonflons d’un carnaval que tous ont préparé depuis des mois, …

Pour qu’une fête soit réussie, les conditions à réunir ne peuvent pourtant pas être laissées au hasard : il faut « que chaque personne présente trouve sa place et se sente aimée », « que tout le monde mette la main à la pâte », car « aider à préparer, c’est déjà entrer dans la fête ». Alors, chacun peut se laisser « contaminer », entrouvrir l’accès à une autre réalité possible, plus fraternelle, se refaire des forces, renouveler son courage, en un mot « se sentir toujours en vie » et capable de faire face demain aux nouveaux défis qui se présenteront.

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